Au delà d’un entrelacs de venelles, les Hutong protègent, encore assez peu aujourd’hui, ou protégeaient
autrefois la vie de ces gens du Nord dans leurs Siheyuan 四合院.
Le siheyuan n’est autre que la maison traditionnelle chinoise. Elle se répartie en carré, unique pour les gens aux moyens réduits, multiples pour les plus riches.
Organisé au tour d’un jardin, 4 (le chiffre se dit « si » en chinois) bâtiments d’un seul étage sont répartis sur chaque côté de cette coure. Cette forme de construction se retrouve
aussi dans certains petits appartements personnels de la Cité Interdite. Pourquoi un seul étage ? Parce que le toit le plus haut de la ville, plate comme une galette bretonne, devait être
celui du palais impérial, plus exactement le toit de la salle du trône. Ainsi, les maisons ne dépassent généralement pas un seul étage, dans les siheyuan des hutong, et, exceptionnellement, dans
les rues commerçantes les maisons d’artisans pouvaient atteindre un second étage… (exemple de Luilichang)
La plus part des hutong de Pékin, aujourd’hui encore, sont ainsi constitués. Chaque pavillon, ou bâtiment, est de nos jours habité par une famille entière. Ainsi, ces vieilles demeurent, sans
toilette moderne, sans espace, deviennent les logements de 4 à 10 familles.
Pour autant, cette promiscuité ne dérange pas plus que ça les pékinois, qui attendent souvent que le caractère chai 拆 (démolir, démonter) se trouve peint par les agents
municipaux sur la façade de l’antique demeure. C’est seulement dans ce cas qu’ils partent pour un logement plus moderne dans les grandes tours de béton, qui se construisent aux quatre coins de la
capitale.
Pourquoi, demanderont certains. Pour une chose que, dans nos quartiers citadins, nous avons souvent oublier et
qui se perd aussi dans les habitations modernes de Pékin… La convivialité. La première chose qui vient à la bouche d’un chinois quand on lui demande pourquoi il ne veut pas quitter son hutong
vermoulu, c’est l’esprit de famille !
Il ne faut pas croire que la plus part vivent ici par faute de moyens. Bien au contraire, c’est un choix, le choix de la vie communautaire, de l’entraide, du soutient de tous, d’une vie de
famille étendue.
Si vous observez un peu les habitants, entrant et sortant de ces ruelles poussiéreuses et parfois, malheureusement, nauséabondes, tous ne seront pas forcément pauvrement vêtus. Il y a de tout, il
faut aussi le reconnaître.
J’ai vécu à proximité de ces petites habitations, sans toilette et sans salle de bain privée pour certaines, pendant plus de 6 mois et j’ai vu tout type de gens y vivre, du pékinois amoureux de
ce mode de vie jusqu’à la petite vendeuse de boutique, nouvellement arrivée à la capitale, qui survit dans à peine 5 m² avec son maigre salaire. Mais dans tout les cas, il existe toujours un
sanitaire municipale à proximité, comme nos bains-douches, ouverts gratuitement et plus ou moins bien entretenus par les habitants.
L’habit ne fait pas le moine dit-on chez nous, le hutong ne fait pas le pauvre peut-on dire à Pékin. La façade à la grise mine n’est souvent pas un signe de pauvreté intérieure, on peut avoir la
surprise, en ouvrant la porte, de tomber sur un foyer propret et cossu. Et certains vieux quartiers (du centre historique), très bien restaurés, sont devenus des demeures pour riches chinois
influents, à proximités des ministères, du Gouvernement, du Pouvoir...
Par ailleurs, ces derniers sont, depuis quelques années, l’attrait phare du tourisme de Pékin. Et pour présenter les hutong, on pourrait aussi les définir comme : lieux où se ruent des hordes touristes armés d’un appareil photo… Et oui, cherchez « hutong » sur Google ne vous donnera que
l’embarra du choix, voir même trop de choix pour trouver vraiment une information digne de ce nom. Tout le monde y va, tout le monde les photographies… toujours les même. Il faut dire qu’elles
sont belles ses portes (car c’est tout ce que l’on voit !!), rouge vif, rouge Chine.
Mais s’y promener devient aujourd’hui le parcours du combattant pour éviter les cyclopousses qui vous harcèlent et les groupes de touristes qui pépient comme des moineaux affamés… Et non, je ne
suis pas cynique, juste très réaliste. Croiser un chinois dans certaines allées devient aussi rare qu’un musée ouvert au delà de 17h à Pékin…
Pour revenir aux hutong en général, ils sont rarement très larges, tout juste pour laisser la place à une charrette de passer, voir dans certain cas à peine à un cavalier. La moyenne est située
entre 4 mètres et quelques décimètres. Comme nos vieilles ruelles moyenâgeuses, ces accès étaient souvent tracés au petit bonheur la joie entre des habitations déjà existantes…
Leurs noms sont souvent très évocateurs. On trouve encore le hutong de la purée d'haricot rouge, du chameau, du
marché aux chevaux et aux mules, du camp musulman, de la queue du chien, de la queue du cheval, de la queue de chèvre, de la queue de cochon... Ces noms indiquent l'histoire du lieu ou encore
la topologie de la venelle. Certains restent pourtant inexpliqués, ou avec trop de probables raisons, comme la ruelle des grandes oreilles, celle de la fourche occidentale, de la griffe de
poulet...
Dans la catégorie « traditions chinoises » je vous parlerai bientôt de l’architecture classique d’un siheyuan, vous expliquant ainsi la raison de cette porte rouge, que l’on peut admirer dans les hutong, de sa poutre transversale au sol, du mur écran situé derrière chez certains, de la raison de doubles sentences encadrant l’huis ainsi que du caractère du bonheur... Et j’en passe !!
Comm's